AccueilPortailCalendrierGalerieFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 L'Iran

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
AmyFan
Admin graphiste


Féminin
Nombre de messages : 9382
Age : 31
Localisation : **Pays de Candy**
Humeur : FU** THE DRUGS.
Date d'inscription : 05/11/2007

MessageSujet: L'Iran   Mar 14 Juil - 4:27

Iran : le chaos au quotidien

Delphine Minoui

Au plus fort de la crise, le travail des envoyés
spéciaux, dont Delphine Minoui, a été compliqué par les autorités
iraniennes (Crédits photo : Borzou Daragahi).


CARNETS DE REPORTAGE (II) - Après l'euphorie de la campagne, notre
envoyée spéciale, Delphine Minoui, raconte comment la rue a vécu la
répression postélectorale.




13 juin - De l'euphorie à l'incompréhension


Le réveil est brutal. «Ahmadinejad a gagné ! C'est impossible…»,
enrage, au bout du fil, un professeur d'université. Sa voix est cassée.
Selon le ministère de l'Intérieur, le président sortant a été
reconduit, avec 62 % des voix, contre son adversaire principal, Mir
Hossein Moussavi. L'ayatollah Ali Khamenei, numéro un du régime, parle
de «vraie fête» qui peut «garantir le progrès du pays, la sécurité
nationale et une voie durable». Une onde de choc se propage à travers
Téhéran. De taxi en taxi, de bureau en bureau, de maison en maison.
Nous fonçons au journal Etelaat où Moussavi doit s'exprimer. À
14 heures, nous y sommes accueillis par un barrage de police. «Ils
veulent le faire taire», soupire un de ses partisans. La mine
déconfite, il distribue discrètement des photocopies du discours que
devait tenir le candidat réformiste. Le ton est ferme : «Je ne me
résignerai pas à cette dangereuse parodie», écrit Moussavi. Pour lui,
il est évident qu'il y a eu fraude : déficit en bulletins dans
certaines grandes villes, fermeture anticipée de certains bureaux de
vote… Très vite, des attroupements commencent à se former. Place Vanak,
des centaines de manifestants hurlent «Mort au dictateur !» et «Mort au
coup d'État !», à l'endroit même où, plusieurs soirs d'affilée, des
bandes joyeuses s'étaient rassemblées pour soutenir Moussavi… Dans leur
uniforme noir, les forces antiémeute sont sur la défensive. Les coups
de bâton partent. Furieux, des jeunes se mettent à brûler des
poubelles. Une moto de la police y passe. «Nous ne nous tairons pas»,
hurle un manifestant. Inquiets, les boutiquiers des alentours se
mettent à baisser leurs rideaux de fer. À la tombée du soir, la
contestation s'amplifie. Pendant toute la nuit, j'assiste, en longeant
les murs, à de vrais combats de rue entre manifestants et bassidjis -
les miliciens islamistes pro-Ahmadinejad qui viennent de rejoindre la
danse. L'ambiance est apocalyptique. Sous nos yeux, des fourgonnettes
noires embarquent les blessés, vers on ne sait où. À quelques heures du
lever du jour, une odeur suffocante de pneus brûlés flotte sur la ville.

14 juin - Ahmadinejad et les graines de poussière


J'allume la télévision d'État. Au zapping : cours de sports, dessins
animés japonais doublés en persan et programmes éducatifs sur la
famille. De la violence d'hier, pas un seul mot, pas une seule image.
Dans les rues, l'activité reprend son cours, comme si de rien n'était.
Les détritus ont été balayés à la va-vite. Lors de sa première
conférence de presse, retransmise en direct sur le petit écran iranien,
Mahmoud Ahmadinejad affiche un sourire radieux. «En Iran, l'élection
était réelle et libre», annonce-t-il, en comparant les pro-Moussavi à
«des supporters de match de football dont l'équipe a perdu» et qui
«grillent un feu rouge en sortant du stade». Plus tard, lors d'un bain
de foule avec ses partisans, il parle de «grains de poussière»,
allusion aux contestataires. «Il a raison. Les manifestants sont des
terroristes manipulés par l'Occident !», souffle une supportrice
pro-Ahmadinejad amenée par bus depuis la banlieue sud. Mais, pour de
nombreux électeurs, l'affront est indigeste. «Si j'avais su que mon
vote ne serait pas pris en compte, je n'aurais pas voté», regrette une
mère de famille. «Je ne peux pas nier qu'il soit aimé dans les
campagnes et dans les milieux religieux. C'est une réalité qu'on ne
peut ignorer. Mais ce qui me fait peur, c'est son mépris à l'égard de
tous ceux qui ne pensent pas comme lui», ajoute-t-elle. Impossible de
contacter les proches de Moussavi. Leurs portables sont tous éteints.
J'apprendrai plus tard qu'ils sont nombreux à avoir été arrêtés. Leurs
bureaux ont été placés sous scellés. Les partisans d'Ahmadinejad, eux,
refusent de commenter la situation. La nuit s'annonce longue et
violente. La contestation gagne les grandes villes de province :
Shiraz, Ispahan. Je n'ai jamais vu un tel soulèvement populaire depuis
les émeutes étudiantes de 1999. À l'époque, le mouvement avait vite été
sévèrement réprimé. Les manifestants pourront-ils, cette fois-ci, tenir
tête ? «On compte sur Moussavi pour nous soutenir. Mais s'il finit par
se résigner, on n'aura d'autre choix que de rentrer chez nous», se
désole, pessimiste, un manifestant.

15 juin - La rue défie le pouvoir


Nous avançons discrètement vers la place de la Révolution, au sud de
Téhéran. Organisé à l'appel de Moussavi, un grand rassemblement
pacifique vient d'y être annulé, après l'interdit décrété par le
ministère de l'Intérieur. C'est ce que nous avons appris par e-mail, un
des derniers moyens de communication qu'il nous reste - les téléphones
portables fonctionnant par intermittence. Par prudence, j'ai laissé mon
appareil photo et mon enregistreur à la maison. Dans ma poche, juste
quelques feuilles de papier, en espérant y recueillir des interviews
avec les manifestants. En approchant de l'université de Téhéran,
j'aperçois de petites grappes d'étudiants qui sont en train de se
former. Il est 16 heures. Sur les visages, la tension est palpable.
Sous les manteaux des filles, je distingue des chaussures de basket.
Elles sont prêtes à s'enfuir. Soudain, c'est la surprise. En l'espace
de quelques minutes, nous sommes emportés par une véritable marée
humaine. Elle n'en finit pas de grossir. Elle s'étend, à perte de vue,
jusqu'à la grande place Azadi, lieu traditionnel des commémorations
officielles de la révolution islamique de 1979. Mais cette fois-ci, le
rassemblement est spontané. Du jamais vu. Femmes en tchador noir,
jeunes filles en foulard coloré, ouvriers en savates, hommes d'affaires
en costume… Un Iran pluriel uni autour d'un seul slogan : «Où est mon
vote ?» Toutes classes confondues, les manifestants sont venus
défier le pouvoir, exprimer un désir de justice. Sous une pluie de cris
de joie, Mir Hossein Moussavi, le «héros» du jour, finit par rejoindre
la foule. Dans le cortège, un seul mot d'ordre : poursuivre la
mobilisation jusqu'au bout. Chez les manifestants, le mur de la peur
est tombé. Au risque de leur vie, pourtant, comme ces victimes des
accrochages survenus en fin de journée. Nous sommes le 25 Khordad,
selon le calendrier iranien. «C'est une date qui restera à jamais
historique, quel que soit le dénouement de ces événements», souffle un
sociologue.

18 juin - La révolution technologique


L'Iran pleure ses «martyrs». Combien sont-ils ? Dix, vingt, trente,
cent… Impossible à dire, impossible à vérifier, tant les moyens de
communication sont de plus en plus limités. Au filtrage des sites
Internet s'ajoute désormais le brouillage de la BBC en farsi et de
Voice of America, deux chaînes basées à l'étranger, où les nombreux
talk-shows donnent la parole aux Iraniens de l'intérieur, qui les
appellent des quatre coins du pays. Les récits qui nous parviennent,
par bribes, sont d'une violence extrême. Au dortoir de l'université,
des étudiants ont été réveillés et tués en pleine nuit par des hommes
en civil. Un nouveau facteur complique notre tâche. Depuis hier, toutes
les accréditations de presse ont été annulées. Il a été vivement
conseillé aux représentants de la presse étrangère de ne pas «être vus»
dans les manifestations. «Allons bon… C'est comme si on interdisait à
un mollah de participer aux commémorations religieuses de l'Ashoura.
Est-ce vraiment possible ?», ironise le père d'une amie, dont la
famille ne cache pourtant pas son penchant envers Ahmadinejad. Sa
remarque n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Ne pas
«être vus», ont-ils prévenu. Pour une femme journaliste, ce n'est
finalement pas si compliqué. Un foulard noir, des lunettes de soleil et
un masque chirurgical - comme les manifestants - pour éviter les tirs
de gaz lacrymogène. Le tour est joué. Ironie du sort : dans la foule
qui converge, aujourd'hui, vers la place de l'Imam Khomeyni, je
constate que des milliers d'Iraniens s'improvisent, désormais,
journalistes en herbe. Équipés d'appareils photos et de minicaméras,
parfois intégrés à leurs téléphones portables, ils sont à la fois les
acteurs et les témoins de leur propre histoire. Magie des nouvelles
technologies et véritable défi contre la censure : dans quelques
minutes, leurs images, postées sur YouTube ou envoyées par e-mail,
feront le tour de la planète.
26 juin - Le noir du deuil et le vert de la renaissance


Une chape de plomb s'abat sur Téhéran. Il est temps de partir,
malgré nous. Vendredi 19 juin, le guide suprême est sorti de sa
réserve, en se rangeant derrière Ahmadinejad. Les espoirs d'un nouveau
scrutin sont désormais caducs, même si, pour la forme, le Conseil des
gardiens a promis un recomptage de certaines voix. Dès le lendemain,
les Iraniens ont voulu, à nouveau, défier l'interdit en vigueur. Mais
la répression a été d'une violence sans précédent. Tuée par balle,
Neda, une jeune manifestante de 26 ans, est rapidement devenue la
nouvelle icône de cette répression. Quelques jours plus tard, le
correspondant de la BBC a été expulsé. Certains médias iraniens
progouvernementaux l'accusent d'avoir «organisé le meurtre» de la jeune
fille pour filmer sa dépouille. Plusieurs reporters ont été arrêtés,
dont l'Irano-Canadien Maziar Bahari. Un article publié dans le
quotidien conservateur Keyhan pointe du doigt les journaux occidentaux
«qui embauchent des journalistes binationaux pour qu'ils fassent de
l'espionnage et qu'ils récoltent des informations de manière illégale».
«Plutôt que d'accepter les revendications de leur population, nos
dirigeants sont en train de créer une grande pièce de théâtre qui
s'appelle “la révolution de velours”. Un conseil : allez-vous en, avant
d'atterrir au casting des meilleurs acteurs…», nous souffle une
collègue iranienne. Cela fait plusieurs jours qu'elle-même dort chaque
soir dans un endroit différent. Avant de partir vers l'aéroport, je
croise un voisin en T-shirt vert qui s'apprête à grimper sur son toit
pour crier «Mort au dictateur !» - un rituel, sous forme de
désobéissance civile, qui se reproduit tous les soirs. Nous ne serons
plus là pour relayer ses désirs de changement. «Ne nous oubliez pas. Ça
prendra du temps, mais on finira bien par faire accepter notre voix»,
nous glisse-t-il, en guise d'au revoir.
Le Figaro.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
lefranc
Détective privé du Forum
Détective privé du Forum


Masculin
Nombre de messages : 5356
Age : 64
Localisation : France
Humeur : ange gardien catholard 34
Date d'inscription : 06/01/2008

MessageSujet: Re: L'Iran   Mar 14 Juil - 12:03

inutile de préciser que le journaliste de la BBC qui a filmé en douce a été expulsé.
La police du Président saccage les biens d' un opposant au régime
La Perse est devenue Iran c' est un grand peuple
Nous avons eu un 14 juillet



et je garde dans mon coeur le visage de Neda Soltani

Beaumarchais : le visage est le plus beau des spectacles
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
amywinehousediva
Archiviste/Investigatrice


Féminin
Nombre de messages : 6786
Age : 22
Localisation : Marseille
Humeur : sans avenir...
Date d'inscription : 12/04/2009

MessageSujet: Re: L'Iran   Mar 14 Juil - 15:31

ouais
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://amywinehousediva.skyrock.com/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: L'Iran   Aujourd'hui à 7:27

Revenir en haut Aller en bas
 
L'Iran
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Plus de parabole en Iran
» LEILA : le 1er titre engagé politiquement de Mylène ?
» Le chanteur d’Iron Maiden rapatrie des touristes à Bruxelles
» Souvenirs du Lundi 27 Juin
» Il suffira d'un signe

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le forum sur Amy Winehouse :: ACTU DU MONDE-
Sauter vers: